Nemedia, cercle des contrées chimériques Celtiques

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 Le portrait

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éowyn
Divine déesse du Tuath
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MessageSujet: Le portrait   Ven 27 Juin - 15:37







Je dormais tandis que la litière cahotait, une main lasse sur le vélin de mes registres, l'autre blottie dans la large manche de mon aube de bure. J'avais vu le vent glisser entre les herbes folles, les prairies héler les brebis pour leur offrir tendre giron. J'avais vu les nuages lécher les glaciers, le visage de Dieu dans leurs nuées ouatées au miroir des lagunes turquoises. Les silhouettes incisives des cimes déchirant le voile carné du couchant. J'avais vu les vains édifices des hommes sur cette terre souveraine. En bracelets des citées raffinées, le marbre dentelé des palais sur le fil argent des rivières. Un chapelet d'églises et de claires abbayes suspendu au cou des pieuses glèbes. Et les mers, les océans aux bras ouverts et leurs allègres oiseaux blancs, hérauts des royaumes enchanteurs. Mes pérégrinations s'etiraient inexorablement à mesure que se déployaient les paysages alentours. Après des mois d'errance, je franchissais dorénavant l'empire nomade.



je rêvais à la beauté du monde et celui-ci allait me faire don de son plus rare et transcendant joyau. Mes paupières encore closes, caressées par les jeux du soleil sur l'ondoiement du baldaquin de lin, s'ouvrirent lorsque la voiture stoppa pour prendre les derniers voyageurs.A nouveau s'ébranlèrent les roues sur le sentier raboteux.



Je m'éveillais dans de suaves fragrances de musc et de santal. Le pan passementé d'une robe brune chaloupait pour enfin expirer mollement sur la banquette. Jeunesse infernale,pourquoi viens-tu tourmenter les coeurs désarmés ? Devant toi palissent les nymphes, jalousent les reines, s'inclinent les déesses primitives.



Je m'aliénais à tes lèvres et leur moue timide sous un nez inouï de franchise. Une gorge à la volupté pudiquement recouverte de brocart et de perles festonnées. Tes doigts graciles vinrent replacer les longues plumes noires piquées au cuir souple de ta coiffe. Une aile d'ébène semblait s'être repliée en silence sur un sombre regard. L'épingle qui maintenait ton turban tirée tel un aiguillon mortel sacrifiant ma raison, je demandais grâce à ce front large et bombé, à cette fraicheur insolente. Ma poitrine unie aux cadences de la tienne, la véhémence de mon esprit à chacun de tes gestes. Pour la première fois, je maudissais le crépuscule. Je le maudissais d'ôter ce profil à ma contemplation. Mais clémente se fit la nuit en m'offrant l'image de ton visage auréolé par le disque immaculé de la lune.Sainte icône sur la mosaïque étoilée des ténèbres, j'aurai voulu baiser vos pieds si mes fébriles élans de pêcheur ne m'avaient point submergés.



Je trépassais en pensées sacrilèges alors que nous avions fait halte à la rencontre d'une tribu. Les feux du campement s'élevaient et j'observais ton galbe tentateur se mouvoir derrière ces foyers de géhenne. Dans mes chimères, tu répandais le souffre de ton haleine sur mes lèvres tel un basilic lascif aux crocs avides de stupre. Aux prises d'un amour naissant et abjuré,je n'avais d'autre instinct que de l'incarner en ce délictueux avatar.



Je m'apaisais à l'aube à force de repentir et de prières. Pour unique transept vertueux de mon âme, une légion de saints. Nous allions reprendre la route et je m' aperçus que tu avais disparu. Ton absence aurait du affermir mes hiératiques desseins et ne fit que les troubler. Au loin, comme un ultime appel, le hennissement d'un étalon. Et je scrutais ta silhouette chevauchant vers l'horizon.



Je demeure aujourd'hui encore martyr titubant sur le sillage poussiéreux de ta monture. Et mes mains crevassées par la vieillesse saisissent en secret la plume pour esquisser sans relâche ton portrait. Je pleure souvent sur mes parchemins épars, mes reliques impies. Et lorsque bruissent les arbres, je sais que la brise du soir enlace ma langueur et chante mes regrets.








_________________
Ken a goue'as kousket skuizh-tre,
Hag a zeuas de'i un huñvre :
Gwelet he gwaz en he c'hichen
Ker kaer evel an heol melen



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