Nemedia, cercle des contrées chimériques Celtiques

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 L'Ahuetete

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Cneus le cruel
Négociant sournois d'Ouranos
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Date d'inscription : 12/07/2005

MessageSujet: L'Ahuetete   Lun 25 Fév - 0:52

Un chevalier jaguar ne connaissait pas la peur, se rappela Hunchel.

N’avait-il pas déjà triomphé d’innombrables combats ? Pour se reprendre confiance il se remémora ses anciennes victoires, remportées au pied des forteresses ou au cœur des jungles les plus denses. Ces souvenirs glorieux n’eurent toutefois pas leur effet habituel : les adversaires qu'il avait affronté avant n'étaient pas des dieux.

Cela faisait maintenant plusieurs semaines qu’un funèbre évènement s’était produit dans sa petite cité, avant que lui et quelques autres ne soient choisis pour cette quête.

Tout avait commencé lors de la fête de Chac et des quatre Bacab, les piliers du monde.
Comme à chaque fois un prêtre du dieu de la pluie était parti en forêt accompagné de guides, de chasseurs et de bûcherons afin de trouver le plus haut et le plus noble des Ahuetete, l’arbre de vie. Son tronc puissant, son bois solide mais souple, deviendrait le temps de la fête l’axe du monde, un vertigineux mât de voltige destiné aux danses sacrées.
Le vieux Nah’Ok avait amené la petite troupe au cœur des marais d’Ah’paal, au pied d’un arbre magnifique. Haut comme le grand temple d’Itzamna, large comme la maison du prêtre Hor-Chan, il était le véritable seigneur de la sylve, jaguar dominateur entouré d’une progéniture aux feuillages denses et aux troncs élancés. Pourtant face à lui ses enfants semblaient être d’insignifiants buissons, écrasés par sa taille démesurée.
Un tel arbre sembla un excellent présage au prêtre, et malgré son diamètre imposant il fut choisi pour la fête. Un campement fut improvisé à son pied, alors qu’on allait chercher du renfort à la cité. Quant tout fut prêt, les bûcherons leurs cognées de silex à la main, les cordes amenées par rouleaux entiers, les rondins et les fagots amassés, le terrain reconnu et éclairci, les prêtres versèrent sur l’ahuetete les offrandes sacrées de Cahualt et prononcèrent les parole rituelles pour bénir la coupe.
La chute du grand arbre fut préparée avec soin par les hommes de la cité. Au signal du maître d’œuvre son corps titanesque fut basculé dans le vide dans un hurlement déchirant et s’effondra sur le sol dans un vacarme assourdissant. A des lieues à la ronde le bruit provoqua l’envol coloré de vagues de aras, de quetzals, de hérons et de colibris, comme autant d'hommes fuyant leur forteresse tombée aux mains de l'ennemi.
Avec une discipline implacable, le grand corps élagué fut tiré vers la cité au prix d'efforts douloureux, hissé et charrié par une centaine d’hommes inextricablement liés par les cordes à cette masse fantastique, comme récalcitrante à l’idée de quitter ce qui avait été son royaume depuis des siècles.
D’innombrables accidents mortels auraient pu arriver durant ce voyage. Il eut suffi qu’une corde se rompe ou s’enflamme sous l’effet de la tension, pour qu’aussitôt son claquement lacère les hommes ou précipite la rupture des autres liens et provoque ainsi un mouvement incontrôlé et destructeur du titan. Il eut pu rouler sur eux tous, les transformant en une pulpe sanglante et mousseuse, sans même que son mouvement en soit ralenti.
Rien de tout cela n’était néanmoins arrivé. Tout juste deux hommes s’étaient-ils perdus dans la forêt lors d’une chasse, pour regagner la colonne tout penauds quelques temps plus tard.
L’incroyable colosse avait été amené jusqu'à la cité, traîné comme un énorme gibier que les chasseurs auraient exhibé fièrement. Si les enfants courraient autour avec joie et empressement, s’émerveillant de la chose, les villageois ne pouvaient s’empêcher de prier les dieux en l’apercevant. Etait ce bien un arbre qu’on avait coupé, et pas le gigantesque membre d’un dieu un temps assoupi sous les marais ? N’y avait-il pas là une terrible faute d’orgueil à choisir un tronc si puissant et si lourd, alors que le mât de voltige devait être au contraire fin et élancé ? Certes la hauteur était importante pour les danses acrobatiques données autour du tronc, mais rien ne requérait un tel diamètre, bien au contraire.
La rumeur parvint aux oreilles du roi, mais en vérité elle le flatta surtout dans son orgueil et il se prit aussitôt d’un grand intérêt pour l’histoire de cet ahuetete hors de toute proportion. Il serait le signe ostentatoire de sa propre supériorité.

On prépara donc le tronc à son futur rôle. Il devait devenir l’incroyable mât de voltige autour duquel les athlètes sacrés voltigeraient attachés à de frêles cordes, à l’image de la divine mécanique céleste, incessant balai d’astres dieux dominant la vie des mortels.
Il fut décoré d’une forêt de rubans colorés, de colliers de fleurs et de plumes, et fumé sur toute sa surface par l’odeur puissante du copal, jusqu'au jour où tout sembla prêt.
Une foule immense venue des quatre coins des hauts plateaux s'était reunie pour assister à l'évènement. Toutes les sécurités possibles avaient été prises, et plus de deux cents hommes allaient tirer le colosse pour le faire glisser dans la fondation qui lui avait été préparé. On le hisserait ensuite avec régularité, usant d’une forêt de corde régulièrement arrosée par des servants, et dont la manœuvre serait dirigé par les plus brillants contremaîtres.

Tout irait bien, répétait-on plus avec espoir qu'avec conviction.

C’est au battement lourd et lent du tambour que l’épreuve avait commencé. Comme une seule et énorme bête, les hommes avaient bandé leurs muscles en un même geste, arrachant lentement l’énorme masse à son inertie. Fruit de la douleur de la multitude, cette gigantesque érection procurait un sentiment diamétralement inverse à ses ordonnateurs. C’est avec un sourire extatique que le prêtre de Chac et le roi avaient suivi la lente et régulière élévation du mât sacré.
Quant enfin ce dernier glissa au fond de ses fondations et s’immobilisa sous des centaines de regards anxieux, planté en terre en une apothéose verticale, ils surent que leur moment de gloire était arrivé.
Au silence terrifié des derniers instants succédèrent bientôt les vivas et les cris de la foule, désormais libérée de la tension de la manœuvre et soudain immensément fière d’avoir le plus impressionnant mât de voltige de tout le plateau.
Le monarque s’avança sur l’esplanade, la main levée d’une manière à la fois nonchalante et dominatrice, comme hésitante entre la caresse et la menace. Entouré d’un l’improbable halo de serviteurs, fait autant de chairs que de plumes exotiques, de fleurs fraîchement coupées, de bijoux de bronze et des flagrances les plus subtiles, il célébra la gloire de la cité par les mots que les siens avaient inlassablement répétés depuis des générations.
Enfin il appela le prêtre de Chac à mener sa propre partie de la scène, en demandant au dieu de la pluie et aux quatre Bacab de bénir le mât de voltige.
Hélas pour toute la cité, la cérémonie fut beaucoup plus courte que d’habitude.

Aux premières paroles prononcées par le prêtre, aux premiers encens consumés, le ciel s’était soudain obscurci. Il ne s’agissait pas d’un nuage passant subrepticement devant le soleil, mais d’un rideau noir et dense tombé subitement sur un azur enchanteur quelques secondes avant.
Le reigieux, saisi manifestement par l’inquiétude, avait toutefois continué son incantation, sa voix se faisant moins ferme, ses mots plus hésitants.
La troisième fois où il prononça le nom de Chac fut également la dernière.
Etait ce un son, une lumière, ou une force ? Tout cela à la fois. Il y eut soudain un éclair éblouissant, aveuglant, doublé d’un terrible vacarme et d’une onde de choc formidable qui coucha la foule entière au sol et fit voler dans les airs tout ce qui traînait dans la cité, des feuilles d’agaves séchées au jeune porcelet hystérique.
Le monde semblait être devenu un long et douloureux bourdonnement dans les oreilles.
Il avait aussi acquis une nouvelle odeur, celle du cochon grillé.

Quant Hunchel s’était relevé il avait compris pourquoi : là où se dressait jadis la cour du roi se trouvait maintenant une terre noire comme la nuit, brûlée comme après un grand feu. Les hommes qui s’étaient trouvés là avaient été soufflés en tout sens comme des brindilles, et il sembla un instant au chevalier jaguar qu’ils n’avaient jamais appartenu de si près à la cité. Ils étaient, pour ainsi dire, maintenant intégrés aux murs sous formes de traces noires et fumantes.
La mort du roi et du prêtre ne serait toutefois pas le seul châtiment infligé à la cité. La foule de ceux qui se relevaient avait maintenant les yeux rivés sur le gigantesque mât.
Sur son tronc était apparu une grande glyphe, finement ciselée, dont le sens n’échappa à personne, même à ceux qui n’étaient pas scribes :

Malédiction.

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MessageSujet: Re: L'Ahuetete   Lun 25 Fév - 2:09

très trèèèèès chouette!Très bel univers que celui des peuples antiques d'amérique centrale ou d'amérique du sud.Ca se lit tout seul,les images sont fortes,j'ai beaucoup aimé celle-ci par exemple:

"Au signal du maître d’œuvre son corps titanesque fut basculé dans le vide dans un hurlement déchirant et s’effondra sur le sol dans un vacarme assourdissant. A des lieues à la ronde le bruit provoqua l’envol coloré de vagues de aras, de quetzals, de hérons et de colibris, comme autant d'hommes fuyant leur forteresse tombée aux mains de l'ennemi."

juste 2 petites fautes de frappe là:

"Pour se reprendre confiance"

et sur le mot

"Le reigieux"

je le signale juste car il m'arrive très souvent malgrè mes relectures d'en faire autant et je suis agacée de ne m'en rendre compte que quelques jours après,alors que je suis moins aux prises du texte donc plus "lucide"en le relisant.

Un vrai régal en tout cas Cneus,dis moi qu'il y a une suite à cela!

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MessageSujet: Re: L'Ahuetete   Mar 26 Fév - 0:57

Merci pour les corrections, tu fais bien!

Pour la suite... et bien je l'ai en partie dans ma tête, mais le rapport motivation/masse de trucs à faire est pour le moment défavorable!
Le brave Hunchel doit normalement se rendre dans un prochain épisode auprès d'un cénote sacré pour en rencontrer ses étranges locataires et apprendre comment lever la malédiction. Bla bla tout ça.

Merci encore pour tes commentaires, ils me vont droit au coeur.Smile

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